INTERVIEWS : 3 questions à …
Hélène REY-VALETTE,
Maître de conférences au CEE (Center for Environmental Economics), Université de Montpellier
Et membre du Comité Scientifique du R3 RIVAGES
1- En tant que membre du comité scientifique du R3 RIVAGES,
quelle est votre vision du réseau aujourd’hui ?
«C’est difficile pour moi de répondre car je n’ai malheureusement pas pu participer à beaucoup de réunion mais j’ai des retours très positifs des personnes que je côtoie, tant chercheurs que parties prenantes.
Globalement en termes d’utilité et de la gouvernance, le bilan me paraît très positif.
Concernant l’animation scientifique et la mise en relation avec les gestionnaires, sur la base d’un suivi des annonces et des informations diffusées, le R3 me parait très actif et répondre bien aux besoins d’information et de mise en relation. Moi-même je l’ai sollicité à plusieurs reprises et j’en ai pleinement bénéficié avec une grande réactivité. A ce niveau pour juger pleinement de sa pertinence, il faudrait voir quelles sont les possibilités de rencontres avec les membres d’autres réseaux existants, sachant que la nature de ce R3 est très large et permet de toutes façons de donner des informations nouvelles non redondantes. Plus précisément la périodicité actuelle des réunions permet aussi de ne pas trop surcharger les plannings. Un atout important du réseau c’est d’avoir une animatrice et il faut absolument consolider ce poste à l’avenir. Il me semble aussi que la composition du R3 RIVAGES est pertinente car le réseau est très diversifié.
Enfin, il faudrait aussi voir dans quelles mesures le site internet du réseau est visité et peut être renforcer le contenu des ressources du site : des présentations de résultats de recherche ou de travaux de bureaux d’études mandatés par les gestionnaires pourraient être plus nombreux, quitte à faire alterner des présentations longues et des brèves …. L’idée serait surtout de mentionner le travail et les principaux résultats, sans trop s’étendre. Sur le site il y a dans les ressources les power points présentés mais il manque ce côté plus exhaustif des données»
2- Le R3 RIVAGES entamera en février 2026 la dernière année de sa phase de consolidation.
Quelles pistes à développer pour le futur du réseau selon vous ?
« De mon point de vue l’étape suivante consiste à s’interroger sur le passage d’une action de mise en réseau à l’établissement d’une communauté de pratiques avec des ateliers de travail ou des réunions thématiques très ciblées. Peut-être serait-il utile de prévoir des réunions thématiques … ainsi que des ateliers de travail collectifs… par exemple sur l’actualisation de certains indicateurs pour passer de la gestion du trait de côte à la recomposition spatiale (on est en train de travailler là-dessus en Occitanie dans le cadre d’un post doctorat). Peut être également instaurer un séminaire mensuel en ligne de présentation de publications.
Peut-être aussi programmer des réunions sur les travaux de thèses et des réunions pour partager des méthodes ou des problématiques entre le littoral et les autres types de territoires par rapport à la mise en œuvre de la transition (d’expérience je trouve que les recherches dans les autres domaines sont souvent insuffisamment exploitées). Ce pourrait être une occasion de resserrer les liens avec le réseau Acclimatera. Enfin, voir dans quelle mesure le réseau permet des réponses communes à des appels d’offres (notamment ceux de la région ou de l’ANR) et dans quelle mesure il a permis de nouvelles collaborations ou au moins de les renforcer.
Pour finir, j’ai trouvé très pertinent de travailler aussi avec les artistes et c’est bien que le réseau s’ouvre et propose des ressources hors des sentiers battus !!! C’est une action de médiation à développer !
Ainsi la fonction du réseau serait de faire le lien avec le territoire et les parties prenantes plus larges avec des actions de médiation et des produits destinés aux habitants (il est possible de travailler sur l’évolution des paysages et d’autres indicateurs de synthèse à la fois du fait de l’érosion mais aussi du fait des migrations d’espèces avec l’augmentation de la température.)
Attention tout de même à ne pas se superposer avec les actions menées par Acclimatera, cependant il est important de voir quelles approches pourraient être appliquées au littoral. »
3 -Existe-t-il une structure analogue au R3 RIVAGES en Occitanie avec laquelle le réseau pourrait interagir ?
« Non il n’y a pas de structure identique, uniquement des réseaux informels à différentes échelles. En fait il n’y a pas de personnel dédié à l’animation comme avec RIVAGES en Nouvelle-Aquitaine donc le fonctionnement est informel et irrégulier.
Il existe « une forme de réseau » constitué des participants du « Plan Littoral 21 (PL21) » avec des réunions (3 à 4 par an) d’une communauté de pratiques sur des thèmes spécifiques et qui réunit, selon les cas, gestionnaires, chercheurs et élus ou bien juste gestionnaires et chercheurs (pour information, le Plan Littoral 21 (PL21) a pour projet de constituer un comité d’expert (chercheurs référents) mais cela a pris du retard et devrait être pour 2026 en lien avec la création d’un observatoire régional).
On observe aussi de fait des liens entre les participants locaux du réseau national des observatoires de gestion du trait de côte.
La région Occitanie vient de lancer un nouveau défi pour structurer la communauté de recherche liée à la mer (MARINOC) qui va proposer un appel d’offre pour des projets pluridisciplinaires et dans le cadre duquel un séminaire mensuel en ligne va être organisé à partir du printemps. Un ou une animateur.trice devrait travailler pour ce réseau informel.
Il y a aussi un défi de la région « 03T observation de la terre et transition des territoires » qui distingue 4 types de territoire, dont le littoral. Il y a eu quelques actions d’animation à l’échelle littorale mais cela reste ponctuel et surtout un peu en veille depuis deux ans, car il n’y a pas d’animateurs recrutés par type de territoire, seulement une animatrice générale du défi et des réunions annuelles, plus des réunions des thésards et des post doctorants.
Enfin depuis l’an dernier le réseau RECO qui n’était plus très actif a été restructuré (avec une animatrice) ; il s’appelle désormais GRECO. Son objectif est l’adaptation au changement climatique mais non spécifiquement dédié au littoral.«
Propos recueillis en janvier 2026- InfoLettre N°4
ENERGIE DE LA LUNE
Bureau d’étude spécialisé Milieux Marins et Énergies Marines Renouvelables
Marc LAFOSSE,
Fondateur et dirigeant
et
Eric MANEUX,
Directeur scientifique
1- Quelles sont les activités d’Énergie de la Lune et quels sont les axes de développement en région Nouvelle Aquitaine ? (Marc Lafosse)
« Je suis convaincu de l’importance des Énergies Marines Renouvelables (EMR), et en particulier de l’énergie hydrolienne, depuis mon échange Erasmus réalisé à Southampton lors de mon Master d’Océanographie à l’Université de Bordeaux. Énergie de la Lune a donc été conçu comme un bureau d’études ayant pour vocation d’accompagner le développement de la filière. On a ainsi été fondateur de SEENEOH, le site de démonstration d’hydroliennes à Bordeaux sur la Garonne, aujourd’hui transféré à la fondation d’intérêt scientifique OPEN-C.
Nous avons dû développer nos services de mesures géophysiques (bathymétrie et mesures de courant), nécessaires pour nos évaluations de potentiel énergétique et nos caractérisations de sites. Nous déployons également nos services pour des études en milieu littoral et estuarien, et sur les impacts d’activités industrielles ou portuaires. Dans le secteur de l’hydrolien, nous avons pris une dimension internationale en travaillant au développement de fermes pilotes dans les détroits les plus courantogènes du monde : en France au Raz Blanchard, au Pays de Galles sur l’Ile d’Anglesey, en Écosse à Westray et aux Philippines dans le détroit de San Bernardino. »
L’évolution de la demande des industriels des EMR et nos implications dans des projets de R&D nous ont conduits à diversifier nos compétences dans le domaine de l’acoustique sous-marine, et de la cartographie des habitats marins. Parallèlement, Énergie de la Lune a eu l’opportunité d’acquérir une nouvelle vedette océanographique (8,30m, div. 222) l’Equinoxe. Stationnée au ponton Darwin-Bastide, elle est transportable et mobilisable très rapidement sur la l’estuaire de la Gironde et sur les façades Atlantique, Manche, et Méditerranée.
Ces évolutions, associées à une opportunité foncière : le transfert de nos activités sur le chantier naval Nicolas au sein de l’écosystème OPEN-LUNE, nous permet d’être autonomes et réactifs pour toutes nos prestations en géophysique, de pose d’instrumentation scientifique et de mesures océano-météorologiques. Ce développement a été conforté récemment avec l’accueil d’un directeur scientifique expert en océanographie opérationnelle et milieux marins.»
2- Comment devient-on directeur scientifique à « Énergie de la
Lune » ? (Eric Maneux)
« Comprendre et témoigner de l’évolution des milieux aquatiques a été un fil directeur depuis ma formation. J’ai ensuite passé 20 ans à l’ADERA, à l’Université de Bordeaux, à développer des projets de R&D, de développement et de démonstration opérationnelle (niveau TRL 6-7-8) de méthodes innovantes de surveillance des milieux marins. J’ai pu développer et faire accepter le principe du premier réseau de surveillance opérationnelle sur la Gironde et l’organisation du consortium MAGEST. En télédétection et en biomonitoring, avec des collaborateurs, j’ai initié et participé à la création de deux startups.
Après une rencontre avec Marc, intégrer Énergie de la Lune a été une évidence : valorisation de mon expertise des milieux côtiers Aquitains, développement d’une filière d’énergie renouvelable et développement d’un outil de travail idéal pour un océanographe : chantier naval, deux navires, des instruments et un accès direct à la Garonne au pied de nos bureaux à Open-Lune. Les responsabilités dans deux projets de R&D impliquant collaboration avec des partenaires industriels, universitaires et scientifiques internationaux a aussi été très attractif.
3- Avec une longue expérience à de l’Université de Bordeaux, quelles sont aujourd’hui vos missions et quel est votre apport scientifique au quotidien ? (Eric Maneux)
Outre le pilotage de nos actions de R&D que je viens d’évoquer, j’ai aussi la mission de développer et coordonner nos prestations en océanographie opérationnelle. Mon apport est technique (techniques de prélèvement, mesures hydrologiques et physico-chimiques, réseau de surveillance opérationnelle, biomonitoring) et doit permettre de diversifier l’offre de services. Je contribue à la mise en œuvre des moyens nautiques en valorisant ma connaissance de la Gironde. Je valorise aussi une expertise sur la qualité des eaux, des sédiments, ainsi que des enjeux pour la gestion des milieux côtiers en Aquitaine : Côte Landaise, Gironde, Pertuis Charentais, … principalement dans le cadre d’études et de suivis d’impacts d’activités de production d’énergie, d’activités portuaires et d’aménagement du littoral ».
En savoir plus sur EDL : www.energiedelalune.fr
87 quai des Queyries Ecosytème Darwin, 33100 Bordeaux- France
Thierry MARESCHAL,
Responsable pôle « Littoral et Nature »,
Communauté de Communes de l’île d’Oléron
1- Comment, dans vos fonctions, la connaissance de l’évolution des littoraux et des risques (érosion, submersion) vous amène-t-elle à proposer des orientations pour préparer l’avenir ?
« L’histoire des sites et des ouvrages permet de tenir compte des événements passés (tempêtes, travaux, entretiens…) et des acteurs concernés pour appréhender une gestion du risque littoral cohérente sur le temps long. Cette mémoire participe de la culture du risque sur laquelle la politique de prévention peut s’appuyer.
Cette connaissance technique et juridique est indispensable pour poser les bons diagnostics, en complément des analyses diachroniques de l’évolution du trait de côte ou des analyses du fonctionnement hydro-sédimentaire du littoral et aider à faire les bons choix de gestion. Un exemple concret est l’étude en cours des ouvrages dits orphelins (sans gestionnaire clairement identifié) pour laquelle sont analysés les travaux d’étudiants historiens qui ont compilé des archives du littoral oléronais.
Une trajectoire d’adaptation qui permet de répondre aux défis des risques littoraux ne peut faire fi du passé et du retour d’expérience des opérations de gestion antérieures. »
2- De quelle manière l’interdisciplinarité est-elle au cœur de vos activités dans cette problématique ?
« L’interdisciplinarité est au cœur des missions du pole littoral et nature. En tant qu’aménageur du territoire et gestionnaire d’ouvrages de défense et d’espaces naturels, il nous faut travailler de manière intégrée pour tenir compte des différents enjeux environnementaux et socio-économiques. Les données écologiques, géomorphologiques, géophysiques, météorologiques, océanographiques, géographiques, historiques, juridiques, règlementaires sont autant d’informations qui participent au développement de nos plans d’actions. Pour autant il ne nous est pas possible de maitriser toutes ces compétences en interne.
En ce sens nous interagissons avec de nombreux partenaires, au niveau régional, avec les laboratoires de recherche du LIENS’s ou du Criham, l’OCNA, le GIP Littoral et les structures Gemapiennes, et au niveau national avec le Cerema, France Digues et le CEPRI.
Ces échanges d’informations et retours d’expériences sont également très utiles pour mener une veille technique et règlementaire. »
3- Qu’est-il prévu en ce sens dans vos prochain projets ?
« La poursuite de la connaissance de la dynamique du trait de côte est continue dans le cadre de la stratégie locale de gestion de la bande côtière de l’ile d’Oléron.
Les enseignements des études de la première phase de la SLGBC, qui pour certaines sont encore en cours, doivent trouver un écho dans les actions à mettre en place. Le maintien des relations avec les partenaires scientifiques, techniques et les gestionnaires avec qui nous partageons les mêmes problématiques permet d’élargir la connaissance et d’orienter les politiques publiques vers des choix éclairés, pour une meilleure adaptation du territoire.
Mais pour passer de la théorie à la pratique, il faut intégrer les spécificités locales. Les lignes directrices des politiques nationales ou régionales ne sont pas toujours applicables pour le territoire oléronais, insulaire et classé. Pour ne donner qu’un exemple, pour des raisons géographiques, urbanistiques et règlementaires, la relocalisation sur Oléron n’est possible qu’à la marge et ne peut être la seule réponse au recul du trait de côte.
Je souhaite que le territoire serve davantage de terrain d’expérimentation car même si le temps de la recherche, celui du gestionnaire ou celui d’un élu ne sont pas les mêmes, je crois en la production de connaissances de terrain et la puissance de leur impact sur la prise de décision. »
Propos recueillis en avril 2025- InfoLettre N°2
Photo ci-contre : @Benjamin Caillaud/R3 RIVAGES
Aldo SOTTOLICHIO,
Coordonnateur du R3 RIVAGES
Professeur à l’Université de Bordeaux,
Enseignant-chercheur au laboratoire EPOC, équipe Methys
1- Comment le R3 RIVAGES est-il structuré pour répondre à ses missions de valorisation, co-construction et diffusion des connaissances ?
« Le réseau se compose de plusieurs instances de gouvernance :
Un groupe pilote, instance opérationnelle et décisionnelle qui est constitué de 13 membres : 11 chercheurs de différents établissements de la Nouvelle Aquitaine, une chargée de mission et un représentant des services de la Région NA (voir plus ici).
Un conseil d’orientation, instance consultative qui réunit un « Comité Scientifique » et « Comité de Porteurs d’Enjeux (CPE) ». Le CS se compose d’une dizaine de chercheurs issus de la communauté de recherche littorale hors Nouvelle-Aquitaine et d’autres organismes scientifiques partenaires. Le CPE réunit quant à lui des partenaires socio-économiques et gestionnaires du littoral en région.
Également un comité des tutelles ainsi que des groupes de travail ont été créés pour assurer le fonctionnement du réseau.
Ces comités se réunissent une à plusieurs fois dans l’année en fonction de notre calendrier prévisionnel. L’objectif est de favoriser les échanges entre la Recherche et la Société, en facilitant la remontée des attentes et des besoins des partenaires acteurs, gestionnaires et utilisateurs des littoraux néo-aquitains vers les scientifiques, pour mener des actions de co-construction de projet de recherche dans un but d’aide à la décision.
Le réseau réalise également de nombreuses actions de communication externes, à destination du grand public et des scolaires. »
2- Le R3 RIVAGES est dans sa deuxième année de fonctionnement, peut-on établir un premier bilan de grandes actions menées ?
« RIVAGES regroupe les chercheurs et les partenaires sur les thématiques du littoral régional. Une action qui n’est pas forcément visible a été de faire connaissance, au sein du groupe pilote, entre les communautés des chercheurs des sciences de l’environnement et les sciences humains et sociales, qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. Cela s’est fait grâce à de multiples rencontres, réunions et webinaires organisés entre 2012 et 2022.
Ces échanges et nos réflexions communes ont été accélérés par le premier appel d’offre du PSGAR de 2022 (voir ici), qui nous a poussés à construire un programme de recherche multi et interdisciplinaire sur les risques littoraux. Le projet CORALi, a ainsi été construit entre novembre 2022 et juillet 2023, et a été lancé en mars 2024 pour une durée de 5 ans. Sans l’existence d’un réseau comme RIVAGES, cet exercice et la construction d’un projet comme CORALi aurait certainement eu beaucoup plus de mal à aboutir. »
3- Quels projets à venir pour le réseau ?
« Côté vie du réseau, nous sommes en cours d’organisation de la journée annuelle du réseau que nous souhaitons orienter sur les projets scientifiques en cours ou à venir sur les risques littoraux néo-aquitains.
Les échanges inter-comités se poursuivent et nous travaillons à maintenir un lien actif avec nos partenaires gestionnaires pour faire émerger de nouveaux projets de recherche. »
Propos recueillis en décembre 2024- InfoLettre N°1